Chef de corps du 126e Régiment d’Infanterie, co-organisateur de la 2ème édition du Festival du Livre militaire les 29 et 30 mai 2026, à Brive La Gaillarde.

Force & Honneur magazine : Colonel, qu’est-ce qui motive votre investissement renouvelé dans cette seconde édition du Festival du livre militaire ?

Colonel Naulet : Pour répondre à votre question s’agissant de l’investissement du 126, la réponse repose dans la finalité de cette manifestation littéraire pour la deuxième année consécutive, celle de collecter des fonds au profit de nos blessés.

Force & Honneur magazine : Pourquoi collecter des fonds pour nos blessés ?

Le Colonel Antoine Naulet, o-organisateur
de la 2ème édition du Festival du Livre militaire

Colonel Naulet : Je rappelle que l’Institution avec la nation française s’engage pleinement et parfaitement pour accompagner nos blessés.
Tout est pensé pour qu’ils soient accompagnés aussi bien dans nos hôpitaux interarmées que dans leur reconstruction personnelle grâce au dispositif Athos, à l’Institut National des Invalides, par exemple.
Néanmoins, j’aime à dire que collecter des fonds pour nos blessés des armées

c’est apporter un supplément d’âme porté par les frères d’armes et apporté par la nation. C’est important de le rappeler, ces hommes et femmes se sont engagés pour la nation. En somme, c’est aller chercher quelques fonds en complément de ce qui est déjà très bien fait pour accompagner
nos blessés. C’est leurs prouver notre solidarité en lien avec la société civile, il est là ce supplément d’âme. C’est la raison pour laquelle nous sommes pleinement investis dans ce Festival du livre militaire, pour la deuxième année consécutive.

Force & Honneur magazine : Concrètement à quoi ont servi les fonds récoltés, lors de la première édition, l’année dernière ?

Colonel Naulet : A hauteur d’environ 22 000 euros, nous avons équipé d’une part la Maison Athos à Bordeaux, de livres et d’équipements de sport. Puis un versement de fonds a été effectué au profit de l’Institut National des Invalides.
Il est aussi important de souligner que la première édition a révélé une belle mobilisation générale de nombreux donateurs sur l’ensemble du tissu économique de Corrèze ainsi que des dons de particuliers. La Corrèze a répondu avec générosité à l’appel des bisons dans un esprit fédérateur autour de nos blessés. J’aime à rappeler que le régiment est présent depuis 1907 et qu’il a amené le rugby à Brive, ce n’est pas rien ! Sur plus de 100 ans de
présence, ce sont des arrière-grands-parents, des grands-parents qui ont fait leur service national chez nous. Il n’y a pas un corrézien qui n’a pas un lien avec notre régiment. Les bisons, c’est une Institution à Brive, le lien est fort avec les corréziennes et les corréziens

Force & Honneur magazine : Pouvezvous nous donner un avant-goût
du déroulement de cette deuxième édition ?

Colonel Naulet : Cette année, nous aurons la présence d’une centaine d‘auteurs sur la chose militaire. Le livre est fédérateur et les effets indirects autour de cette manifestation sont importants. Celui de faire vivre la réflexion collective autour du statut militaire mais aussi autour de la littérature militaire. Tout cela est très important en termes de cohésion nationale.

Le festival se déroulera sur deux jours, la journée de vendredi présentera des thématiques beaucoup plus centrés sur la jeunesse avec l’organisation de conférences dont des auteurs intervenants ciblés, nous aurons la venue de partenaires via l’Education nationale, la présence de classes de défense ainsi que des élèves du Prytanée.
Samedi, nous organiserons des tables rondes autour de nos blessés présents, qui témoigneront. C’est important d’avoir un espace pour ceux qui souhaiteront s’exprimer.
Pour la partie des dons, nous restons sur le principe de verser au profit des blessés de l’armée de terre mais aussi au profit de nos bisons et leurs familles en lien avec la blessure. Aussi bien pour nos bisons d’active que pour nos vétérans et leurs familles, nous témoignerons de notre
reconnaissance et de notre soutien à tous nos bisons qui ont vécu des Opérations Extérieures dures, au prix de la blessure

Force & Honneur magazine : Une dernière question, colonel : comment s’opère la prise en charge du blessé au sein du régiment?

Colonel Naulet : Il y a d’abord un devoir de détection : il y a des blessures qui sont visibles car des blessures physiques contractées au moment des faits. Ces blessures sont les plus reconnaissables et plus faciles à suivre, à accompagner. Et puis il y a les effets qui peuvent être différés, pas simplement physiques mais d’ordre psychologique et pas forcément visibles. Et qui se déclenchent selon des chronologies différentes propres à chaque individu. Nous avons alors dans ce cas-là, un effort de détection.
Cet effort passe par la formation des cadres à détecter ce qui peut révéler cette fragilité, ces blessures qui sont en train de remonter chez leurs hommes et ce, parfois des années après les faits.
Nous avons tout un dispositif qui est instauré dans le régiment pour former des relais dans les sections, attentifs à ces évolutions de comportement qui peuvent traduire des difficultés.
Ensuite, nous avons aussi une identification qui peut se faire sur des phases de crise, des moments où la blessure reprend le dessus ou alors des comportements qui traduisent les conséquences de la blessure. Ce peut être des addictions, des violences.
Dans ces cas-là, il s’agit de trouver un bon équilibre entre faire tout pour que s’arrêtent ces addictions et ces violences et en même temps arriver à déclencher un parcours de soins chez
le militaire.

Particulièrement attentifs, nous avons constitué une Commission au sein du régiment pour permettre le suivi par le commandement de tous les cas qui révèlent une fragilité liée à des violences, à des tentatives de suicide ou liés à des pensées suicidaires, à des addictions et à des situations de surendettement. Le commandement est très investi sur le sujet.

La Commission regroupe et le commandement, et les acteurs médicosociaux comme l’antenne médicale régimentaire, l’action sociale des armées, la présence d’une psychologue au sein de la Brigade ainsi qu’un conseiller facteur humain au sein du BEH (Bureau Environnement Humain), un Major formé pour l’accompagnement. Nous nous réunissons chaque trimestre, avec une liste du suivi des blessés identifiés et éventuellement d’autres cas de blessés détectés dans un besoin d’accompagnement.

Au sein du régiment nous avons plusieurs dizaines de blessés pour un effectif de plus d’un millier de soldats.
Ce qui représente un pourcentage peu élevé, néanmoins, on ne laisse pas les camarades blessés sur le bord du chemin, c’est cela la fraternité d’arme.

Force & Honneur magazine : Colonel, partagez-nous votre message de fin d’interview.

Colonel Naulet : Ce message final se veut être un petit clin d’œil dans la continuité de notre 2ème édition du festival autour de la jeunesse et de l’esprit de cohésion nationale. Celui de rappeler que le 126e régiment d’Infanterie accueillera le Service national dès le mois de septembre prochain en intégrant 30 jeunes appelés. Durant un an, ils seront utiles, développeront des capacités et nous l’espérons, auront vocations à rejoindre définitivement les rangs des bison

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