QUAND LE LARGE DEVIENT UN CHEMIN DE RENAISSANCE
Auteure Mercédès CLOSA
Il y a des blessures que l’on voit. Et d’autres, plus silencieuses, qui marquent une vie tout entière.
Pour les militaires blessés en opération, la rupture est souvent brutale : carrière interrompue, repères bouleversés, identité fragilisée. Mais parfois, une main tendue, un horizon ouvert et le souffle du vent suffisent à amorcer une renaissance.
C’est sur l’eau que cette reconstruction prend forme grâce à l’association La Voile Pour Se Reconstruire, fondée par Christophe Combi. Une initiative née d’une conviction simple : la mer peut réparer ce que la guerre a brisé.

Du champ d’opération au pont d’un voilier
Ancien officier de l’armée de Terre, dans l’arme du Génie, Christophe Combi est marqué à jamais par une scène vécue lors d’une mission au Mali : l’évacuation de ses hommes blessés. Quelques mois plus tard, à l’hôpital militaire de Percy, il mesure la portée de ces blessures. Beaucoup de ces soldats ne reprendront jamais
leur carrière;
Derrière l’uniforme, ce sont des vies suspendues. Parallèlement, Christophe est un homme de mer. Propriétaire d’un voilier, il navigue régulièrement entre amis. Un jour, une évidence s’impose : les places vacantes à bord pourraient accueillir ses camarades blessés.
En 2014, l’aventure commence modestement, avec un bateau et douze militaires blessés, dont l’un de ses propres soldats.
Douze ans plus tard, l’initiative est devenue une véritable dynamique solidaire. L’association compte aujourd’hui une trentaine de bateaux mis à disposition et permet chaque année à environ 150 blessés des armées, veuves de guerre, enfants et familles de prendre le large, encadrés par des bénévoles appelés “associés” issus à la fois du monde civil et militaire. Un choix assumé :explique son fondateur
« L’ASSOCIATION NE VEUT PAS ÊTRE UN ENTRE-SOI MILITAIRE »
Retrouver le lien, retrouver confiance
Leader national des services immobiliers résidentiels, FONCIA compte plus de 10 000 collaborateurs et plus de 600 agences réparties sur tout le territoire français. Chaque jour, ses équipes accompagnent des centaines de milliers de clients dans la gestion locative, la transaction et le syndic de copropriété. Présent dans la vie quotidienne de milliers de clients, le groupe incarne la proximité, l’écoute et l’engagement local. Des valeurs qui font naturellement écho à celles de l’armée de terre : la rigueur, l’esprit d’équipe
et le sens du devoir
Donner du sens à l’action de nos salariés
D’avril à octobre, les croisières s’échelonnent en Méditerranée, en Bretagne ou au large de La Rochelle. Mais au-delà des paysages marins, c’est un voyage intérieur qui s’opère.
Beaucoup de blessés restent réservés. Parler de soi, encore plus de ses blessures, demeure difficile.
La présence de civils à bord change la dynamique. Elle recrée un espace de dialogue, plus simple, plus naturel. La resocialisation s’installe progressivement. La cohésion renaît.
À bord, chacun participe. Prendre la barre, hisser une voile, amarre le bateau : l’équipage n’est pas un symbole, c’est une réalité. Chacun a un rôle, chacun compte. Et dans ce collectif, la fragilité devient force partagée. Un participant confiera un jour à Christophe Combi :
« EN LARGUANT LES AMARRES, JE LARGUAIS LES EMMERDES; »
La navigation redonne un sentiment de maîtrise, d’apprentissage, d’utilité.
L’estime de soi se reconstruit à mesure que le bateau avance. Le collectif protège.
Reconstruire aussi les familles
La blessure ne touche jamais un seul individu. Elle traverse le couple, les enfants, l’équilibre familial tout entier.
Les croisières deviennent alors des parenthèses rares et précieuses.
« SUR LE BATEAU, PAPA ÉTAIT FORT. ET NOUS ÉTIONS ENSEMBLE. »
Pour certains couples, c’est la première escapade à deux depuis des années. « Ça fait des années que l’on n’était pas partis, rien que tous les deux », se souvient Christophe Combi. Derrière ces mots, l’émotion d’un temps suspendu, offert loin du quotidien et de ses lourdeurs
« EN MER, NOUS NOUSSOMMES RETROUVÉS »
Les veuves de guerre et leurs enfants (à partir de 12 ans, sachant nager) trouvent également dans ces navigations un moment de respiration, un bol d’air salutaire.
L’expérience partagée au contact direct de l’élément mer agit comme un ciment. Elle rassemble, elle apaise.
En 2026, l’association prévoit même d’organiser une croisière spécifique pour des enfants en situation de fragilisation, en partenariat avec IGESA et l’ASA. Une première, porteuse d’espoir.
Transformer l’épreuve en engagement
Pour certains blessés, l’expérience ne s’arrête pas à une croisière. Pris de passion pour la voile, ils souhaitent poursuivre leur apprentissage. Apprendre davantage, maîtriser davantage, transmettre à leur tour.
Certains deviennent bénévoles au sein de l’association, rejoignant les équipages en tant qu’ « associés ». Une manière forte de transformer l’épreuve en engagement, et la fragilité en ressource pour les autres.
C’est dans cette dynamique qu’est né l’acquisition d’un second bateau école, financé par Les Gueules Cassées. Cette embarcation de 7,50 mètres peut accueillir quatre personnes deux bénévoles et deux blessés avec un objectif clair pour 2026 : former des co-skippers au sein de l’association. Autrement dit, former ceux qui ont été accompagnés à devenir à leurs tours accompagnants.
Au sein de l’association La Voile Pour Se Reconstruire, cette phrase
« C’EST PAS L’HOMME QUI PREND LA MER, C’EST LA MER QUI PREND L’HOMME. »
prend un sens particulier. La mer ne juge pas. Elle impose, elle exige, mais elle accueille. Elle apaise aussi.
Lentement, sûrement, elle absorbe les fragilités, cicatrise les blessures invisibles et redonne à chacun la sensation d’avancer.
Plus qu’une simple croisière, ces navigations sont des chemins de reconstruction. Elles rappellent que le soutien peut prendre des formes inattendues, qu’un équipage peut devenir une famille élargie, et qu’au delà des tempêtes, il existe toujours un horizon.
Et parfois, il suffit de larguer les amarres pour recommencer à vivre.
Site web : la-mer-pour-se-reconstruire.fr

