« Deux appels, un même devoir :tenir et reconstruire »

Ancienne conjointe de militaire confronté aux blessures psychiques, Marie-Dominique Calvez inscrit son engagement dans une expérience vécue, au plus près des réalités de la reconstruction des blessés et de leurs familles.
Engagée depuis quatorze ans dans la réserve
opérationnelle de la Gendarmerie nationale, elle intervient en renfort en état-major, en brigade et dans des actions de formation.
Directrice de projet spécialisée en recherche et développement dans la prévention des risques, notamment cyber, auditrice de l’Institut des Hautes Études de Défense Nationale, titulaire d’un Master 2 en systèmes d’information, d’un diplôme universitaire en cybercriminalité et investigation numérique et d’un diplôme d’État en enjeux de défense et de sécurité nationale, elle met au service de projets structurants, une double culture civile et militaire.
Il y a d’abord l’appel qui annonce la blessure. Au combat, à l’entraînement ou au retour de mission. Quand le corps cède, quand l’esprit vacille, quand l’inaptitude est prononcée et que l’horizon se dérobe.
Il y a ensuite l’appel que redoute tout dirigeant :
« Tout est à l’arrêt. »
« Nos données ont été prises en otage. »
« Nos clients vont l’apprendre. »
D’un côté, l’atteinte est charnelle. De l’autre, elle semble immatérielle.
Pourtant, la réalité est comparable: une atteinte à l’intégrité, à la mission, à l’identité. Dans les deux cas, l’onde de choc traverse la famille, l’équipe, l’entourage. La première heure est décisive. C’est le temps où l’instinct précède la raison.
Il faut protéger, sécuriser, contenir, décider avec des informations incomplètes. Extraire le blessé.
Préserver l’activité vitale. Maîtriser la communication.
C’est aussi le moment où naissent les erreurs les plus coûteuses : nier, minimiser, agir seul, chercher un responsable plutôt qu’une solution, oublier que l’entourage est également touché. Une crise s’aggrave lorsque l’isolement s’installe. Ce dont on a besoin, dans ces premières heures, ce n’est pas d’un héros solitaire, mais d’un protocole clair, partagé, éprouvé, et d’une chaîne d’appui capable de soutenir la décision.
L’après : soutenir l’humain avant la performance
Les semaines suivantes révèlent une autre bataille.
Pour le soldat blessé, la reconstruction dépasse la cicatrice. Elle implique des soins, des démarches administratives, un repositionnement professionnel, mais aussi une interrogation intime :
« Qui suis-je si je ne peux plus servir comme avant ? »
Pour le dirigeant frappé par une cyberattaque, commence un parcours complexe : procédures juridiques, assurances, partenaires, clients, parfois exposition médiatique.
La fatigue s’installe. La confiance se fragilise. Les tensions internes émergent.
Dans cette phase, un principe doit guider l’action : soutenir l’humain avant la performance
Un militaire se reconstruit par le lien, la reconnaissance et la projection dans un avenir possible. Une organisation se relève par la cohésion, la clarté des décisions, la protection des équipes et une gouvernance qui refuse de sacrifier le collectif à l’urgence.
Une crise n’est jamais un simple incident technique ou médical. Elle constitue une épreuve de valeurs, de leadership et de solidarité.
Reconstruire, c’est se transformer
Reconstruire ne signifie pas revenir à l’identique. Reconstruire, c’est se transformer.
Le militaire blessé réinvente sa trajectoire. Il transfère des compétences précieuses : maîtrise du stress, rigueur, sens du collectif, leadership en situation critique.
Le dirigeant comprend que la cybersécurité n’est ni un investissement ponctuel ni un sujet périphérique, mais une culture de protection et d’anticipation à entretenir dans la durée.
C’est pour transformer l’épreuve en dynamique constructive que j’ai structuré mes actions autour de deux initiatives complémentaires: le Cyberthon et le Salon Cyber résilience du Citoyen, des Collectivités et des Entreprises (S3C).
Le Cyberthon mobilise et sensibilise autour des risques numériques, des bonnes pratiques et des métiers de la cybersécurité, dans un langage accessible. Il associe équipes civiles et militaires, notamment issues de l’e-sport, afin de collecter des fonds au profit des soldats blessés. Cette année, les dons seront reversés à l’association des Vétérans de France et à l’équipe de France des Invictus Games.
Le S3C s’inscrit désormais dans une démarche territoriale de cyber résilience visant à fédérer durablement acteurs publics, privés, citoyens et le monde militaire autour des enjeux de préparation, de continuité d’activité et gestion de crise.
Mon ambition est d’aller plus loin : contribuer, en complément des dispositifs existants, à créer des passerelles d’accompagnement et un protocole de suivi en reliant monde militaire, blessés, réserves et monde économique.
D’un côté, un parcours de soutien pour les blessés et leurs familles : écoute, orientation, accompagnement administratif et social, mentorat. De l’autre, un parcours d’appui pour les dirigeants confrontés à une cyberattaque: cadrage des premières heures, continuité d’activité, protection des personnes, retour d’expérience.
Un objectif commun : tenir, puis reconstruire

Faire coopérer nos forces
Ces deux figures le soldat blessé et le dirigeant confronté à la crise sont plus proches qu’il n’y paraît.
Le monde économique peut contribuer activement à la résilience nationale : en facilitant l’engagement dans les réserves, en développant le mécénat de compétences, en créant des passerelles professionnelles pour les blessés.
Le monde militaire, quant à lui, apporte à l’entreprise ce que toute crise exige: discipline, méthode, esprit d’équipe, capacité à agir lorsque tout vacille.
Au-delà, chaque citoyen est, à sa manière, responsable et acteur.
«Face à l’épreuve, trois attitudes existent : fuir, se figer ou agir.»
La force d’une nation se mesure à sa capacité à choisir l’action collective. À faire coopérer ses mondes. À reconnaître et valoriser les compétences issues de l’épreuve. À transformer la fragilité en levier de cohésion.
La technologie, à elle seule, ne crée pas la solidarité. Mais mise au service d’un projet commun, elle peut en devenir un puissant catalyseur.
Credits photos : @ M-D Calvez, @ Midarm


