Entretien avec le Colonel Jean POURCELET, chef de la Cellule d’Aide aux Blessés de l’Armée de Terre (CABAT).
Auteure Mercédès CLOSA

Fantassin au 151e régiment d’infanterie puis au Régiment de marche du Tchad, le Colonel Jean POURCELET intègre l’École Militaire Interarmes en 1998 (promotion Général Bergé). Officier de l’arme blindée cavalerie, il sert notamment au 2e régiment de Dragons et au 1er régiment de Spahis, avec des engagements opérationnels en Afghanistan, au Kosovo ou encore au Tchad. Diplômé de l’École de guerre, il occupe plusieurs postes à responsabilité en France comme à l’international, notamment au sein du Corps de réaction rapide France et auprès du commandement stratégique de l’OTAN à SHAPE.
Marié et père de cinq enfants, il dirige depuis le 1er août 2025, la Cellule d’Aide aux Blessés de l’Armée de Terre (CABAT).
Force & Honneur magazine :
Quelle est votre mission en tant que chef de la Cellule ?
Colonel POURCELET :
Ma mission consiste à harmoniser et fiabiliser les processus d’accompagnement afin que chaque militaire blessé sous statut d’active bénéficie d’un suivi coordonné et individualisé au sein de notre cellule.
Durant les six premiers mois suivant la reconnaissance de la blessure, les Bureaux Environnement Humain (BEH) présents au sein des régiments relèvent de mon autorité fonctionnelle. Ce dispositif permet à la CABAT d’identifier l’ensemble des blessés au niveau régimentaire et d’établir un premier contact systématique avec chacun d’eux. À ce titre, j’adresse personnellement une lettre de bienvenue à chaque militaire concerné.
« Veiller à ce qu’aucun blessé ne passe entre les mailles du filet. »
À l’issue de cette première phase, le Groupement du Personnel Isolé prend le relais pour une durée pouvant aller de six mois jusqu’à huit ans dont cinq en solde pleine, toujours sous la responsabilité de la CABAT, afin de garantir la continuité de l’accompagnement dans la durée.
« Un accompagnement coordonné et individualisé dès la reconnaissance de la blessure. »
Force & Honneur magazine: Concrètement Colonel, quel est votre plan d’actions depuis votre prise de poste ?
Colonel POURCELET :
L’action de la CABAT s’articule autour de six axes majeurs.
L’accompagnement administratif et juridique : Chaque blessé est accompagné dans l’ensemble de leurs démarches administratives si le besoin est souhaité. Chaque situation étant singulière, il peut nous arriver, par exemple, de mener des recherches pour compléter un dossier et ainsi alléger la charge administrative qui pèse sur le blessé.
Chaque militaire est suivi par un référent, formé aux procédures administratives, chargé de lui présenter l’ensemble de ses droits et de l’accompagner tout au long de son parcours.
Depuis sa création, plus de 9 000 blessés de l’armée de Terre ont été accompagnés par la CABAT.
« Chaque blessé a droit à réparation et à la reconnaissance de la Nation. »
Le suivi du parcours de soins :
En lien étroit avec le Service de Santé des Armées, la CABAT suit la progression de l’accompagnement médico-psychologique jusqu’à la consolidation de l’état de santé du blessé.
L’accompagnement social et familial :
En coordination avec l’Action Sociale des Armées, nous intervenons également auprès des aidants, des conjoints et des familles. Cet accompagnement peut concerner l’aménagement du domicile ou encore l’organisation, à partir de 2024, de journées dédiées aux aidants, destinées à renforcer les liens et à rompre l’isolement que certains peuvent ressentir.
« Accompagner aussi les familles, c’est accompagner la reconstruction. »
L’aide à la reconstruction par le sport :
Nous sommes en partenariat avec l’Académie Militaire des Sports de la Défense pour initier des vocations sportives jusqu’à la sphère compétitive.
Nous organisons également des stages CREBAT (Centre de Ressources des Blessés de l’Armée de Terre). Ces dispositifs permettent aux blessés de sortir de leur zone de confort, de reprendre confiance en eux et de s’engager dans une activité sportive adaptée, validée par le Service de Santé des Armées.
« La reconstruction passe aussi par le sport. »
Le programme ATHOS :
La CABAT travaille en coordination directe avec les Maisons ATHOS, qui proposent des séjours au plus près des besoins territoriaux. Ces structures offrent aux blessés un lieu d’écoute, de répit et de reconstruction, favorisant la réhabilitation psycho-sociale grâce à l’accompagnement de personnels qualifiés et grâce au soutien des acteurs institutionnels et civils locaux.
La réinsertion socio-professionnelle :
Il s’agit d’un volet essentiel de notre mission. Nous accompagnons et conseillons les blessés dans l’élaboration de leur projet professionnel, qu’il s’inscrive au sein de l’institution militaire ou dans le secteur civil, en lien avec Défense Mobilité. L’armée française offre la possibilité aux militaires blessés sous statut d’active de construire un projet de reconversion pendant une durée pouvant aller jusqu’à huit ans, tout en conservant le bénéfice de leur solde.
Force & Honneur magazine :
Colonel, un dernier mot pour conclure notre rencontre ?
Colonel POURCELET :
Je souhaite rappeler le rôle fondamental de la CABAT : servir ceux qui ont servi la France. En tant que chef de cette cellule, ma plus grande satisfaction réside dans la reconstruction d’un militaire blessé qui, avec notre appui, parvient à retrouver un nouvel équilibre de vie.
Je tiens également à saluer l’engagement des acteurs associatifs et des mécènes qui apportent un soutien précieux aux blessés et à leurs familles, tant sur le plan humain que financier.
Enfin, conformément à la volonté du chef d’état-major de l’armée de Terre, le général d’armée Pierre Schill, l’ensemble des personnels de la CABAT œuvre quotidiennement pour renforcer notre mission d’accompagnement.
« La CABAT, c’est avant tout la solidarité militaire en action. »


