La seconde vie des
blessés de l’armée de Terre
Et si la reconversion pouvait devenir une nouvelle forme de continuité ? Avec le dispositif OMEGA, la Cellule d’aide aux blessés de l’armée de Terre, la CABAT, accompagne les militaires blessés psychiques de l’armée de Terre vers une réinsertion progressive dans le monde civil. Un parcours sur mesure, pensé pour transformer l’épreuve en perspective professionnelle.
Propos recueillis par Mercédès CLOSA

Repartir autrement.
Pour un militaire blessé psychique, quitter l’institution ne signifie pas seulement changer de métier. C’est souvent apprendre à reconstruire un équilibre, à retrouver des repères et à envisager un avenir différent. C’est précisément l’objectif du dispositif OMEGA, porté par la CABAT, qui accompagne aujourd’hui plus de 700 militaires concernés.
Dans la grande majorité des cas, un retour à l’aptitude au service n’est plus possible. OMEGA propose alors un autre chemin : une transition progressive vers la vie civile, construite avec attention, méthode et individualisation.
Des blessures invisibles.
Le syndrome post-traumatique, ou SPT, est une blessure sans trace apparente. Il peut naître d’une exposition à des situations extrêmes, parfois d’une confrontation directe à la mort. Ses effets peuvent être durables, mais ils n’interdisent pas nécessairement toute activité professionnelle.
Chaque blessé suit donc un parcours singulier. La CABAT accompagne chacun en tenant compte de son histoire, de son rythme et de ses capacités. Après un point de situation
avec les médecins, les militaires prêts à s’engager dans cette nouvelle étape peuvent intégrer le dispositif OMEGA.
Aujourd’hui, près de 80% des militaires blessés psychiques souhaitent quitter l’armée pour se réinsérer dans le secteur privé. Pour eux, OMEGA représente un cadre concret, rassurant et progressif pour envisager cette transition.
Des compétences qui comptent.
Au-delà de la blessure, les militaires de l’armée de Terre arrivent avec une expérience solide. Leur formation exigeante, leurs responsabilités sur le terrain et leur capacité à agir dans des contextes parfois complexes leur ont permis d’acquérir des savoir faire transférables dans de nombreux secteurs.
Transport, logistique, maintenance, sécurité, management : les passerelles vers le monde civil sont nombreuses. À ces compétences techniques s’ajoutent des qualités humaines particulièrement recherchées par les employeurs : loyauté, sens du collectif, endurance, rigueur, goût de l’effort.
Le directeur des ressources humaines d’ARQUUS en témoigne après avoir accueilli deux militaires en stage d’immersion :
« Nous avons accueilli deux militaires en stage d’immersion. J’ai rapidement vu leur potentiel. Ils apportaient des valeurs que toute entreprise recherche : la loyauté, l’investissement personnel, l’envie d’apprendre et d’accomplir la mission. ».

CReBAT, premier tremplin.
Le parcours OMEGA débute au CReBAT, le centre ressources des blessés de l’armée de Terre. Intégré à un projet de recherche de l’Institut de recherche biomédicale des armées, ce centre propose des stages fondés sur les leviers de résilience : autonomie, responsabilisation, estime de soi et capacité d’entreprendre.
Ces étapes permettent de consolider un projet professionnel et de vérifier qu’une immersion en entreprise est envisageable. Elles servent aussi de sas de préparation, en aidant chaque blessé à reprendre confiance et à se projeter dans un nouvel environnement
Le stage annuel Cognidive complète ce dispositif. Il a pour objectif d’évaluer les bénéfices d’un protocole spécifique de plongée sous-marine sur le SPT, notamment en matière de gestion du stress et de l’imprévu.
De la préparation à l’entreprise.
Avant toute immersion, le Service de santé des armées valide le projet et suit médicalement le stagiaire tout au long de son parcours. Cette étape est essentielle : elle garantit un accompagnement sécurisé et adapté à la situation de chacun.
Vient ensuite le temps du coaching. Il s’agit de cibler les postes, de préparer les visites d’entreprise et d’accompagner les entretiens. Puis, la phase de placement associe le blessé, la CABAT et l’entreprise dans le cadre d’un stage tutoré, d’une durée allant d’un mois à un an.
Ce stage d’immersion fonctionne comme un véritable compagnonnage. Il permet de tester une orientation, de remettre le pied à l’étrier, de confirmer un projet de reconversion, ou, lorsque les conditions sont réunies, d’aboutir à un contrat ou à une formation
Un partenariat gagnant gagnant.
OMEGA repose sur une logique simple et équilibrée. Pendant le stage, le militaire blessé reste rémunéré par le ministère des Armées. L’entreprise, de son côté, n’a aucune obligation d’embauche à l’issue de l’immersion.
Ce cadre sécurise les deux parties. Pour le militaire, il offre un retour progressif vers le monde du travail. Pour l’employeur, il permet d’accueillir un profil déjà accompagné, préparé et suivi, sans engagement immédiat.
Au-delà de l’aspect RH, le dispositif porte aussi une dimension de reconnaissance.
Recruter un blessé des armées, c’est participer à l’effort national de soutien à ceux qui ont servi, parfois au prix d’une blessure durable.
Reconstruire un avenir.
OMEGA ne se limite pas à un outil de reconversion. Il incarne une manière concrète d’accompagner la sortie, de valoriser les compétences acquises sous l’uniforme et d’ouvrir un nouvel horizon professionnel à ceux qui ont été blessés en service.
Il y a, dans le parcours OMEGA, l’idée qu’un engagement ne s’arrête pas avec la blessure. Il se prolonge autrement, dans un autre environnement, avec d’autres repères. En accompagnant cette transition, la Cellule d’Aide aux Blessés de l’Armée de Terre et les entreprises partenaires permettent à ces militaires de ne pas seulement se reconstruire, mais de se projeter à nouveau.


